1. STRIGES
  2. FR
  3. Agenda
  4. Midis de Striges

Midis de STRIGES | 2020-2021

Publié le 9 juillet 2026 Mis à jour le 10 juillet 2026

8 Octobre

No children, no cry : le refus de la maternité dans Sextant

Valérie Piette & Anne-Sophie Crosetti, ULB

Le slogan féministe des années 1970 "Un enfant si je veux, quand je veux" résonne encore aujourd’hui, tant la maternité est une norme qu’il est difficile d’esquiver. Si la contraception a rendu possible l’espacement et la limitation des naissances, la remise en cause définitive de la maternité est une réalité qui fait difficilement partie des expériences dicibles et audibles des femmes, qu’elles soient en couple ou non. Face à « l’évidence du naturel », devant l’injonction moderne au désir d’enfant, ces femmes sont souvent qualifiées de déviantes, d’anormales, d’égoïstes. Alors que le nombre de femmes refusant par choix la maternité est en augmentation, le phénomène reste encore trop souvent un impensé, la recherche scientifique francophone n’y échappant pas, à de rares exceptions. En parallèle se développe une parole autour du regret d’être mère, phénomène alors invisible (et indicible). Cohabitent avec ces femmes des mouvements et des groupes antinatalistes (se revendiquant féministes mais pas uniquement) qui se font remarquer sur la scène médiatique comme ce fut le cas en Belgique et en France avec la fête des non-parents mais aussi au Canada et aux États-Unis, sans faire l’objet de recherches systématiques. Dans ce numéro, il nous a semblé nécessaire ce phénomène de la non-maternité des femmes vivant en couples ou non, d’en définir les contours et d’interroger le passé afin de mieux cerner les questionnements actuels. Dans une approche pluridisciplinaire propre à la revue, ce numéro thématique s’articule en quatre parties, qui interroge chacune un aspect de la non-maternité : (dés)enfanter, persuader, transgresser et délivrer. Dans un premier temps, ce numéro pose les jalons de la non-maternité en questionnant le rapport historique à la maternité et la difficulté de dire et de penser la non-maternité. Il met ensuite ne lumière la nécessité pour ces femmes de convaincre celles et ceux qui ont parfois le pouvoir et qui cherchent à les persuader en retour de la dangerosité de leur choix et de la naturalité du sentiment maternel. C’est que le refus de la maternité est le plus souvent perçu comme une transgression des normes, malgré des marges de manœuvre. Enfin, le numéro revient sur les effets de la non-maternité et des délivrances qui en découlent.

Valérie Piette est professeure d'histoire contemporaine à l'Université libre de Bruxelles. Elle y est titulaire de différents enseignements dont Histoire de l'époque contemporaine, Histoire du genre et Histoire des colonisations. Ses recherches portent sur l'histoire des femmes, du genre et de la sexualité. Elle est membre de l’Action de Recherche Concertée Sex&Pil, groupe de recherche interdisciplinaire sur le catholicisme et la révolution sexuelle. Elle a coordonné différents ouvrages, dont La modernisation de la sexualité (XIXème-XXème) et a également été commissaire de l’exposition Pas ce soir chéri(e) ? Histoire de la sexualité aux XIX et XXème siècles et de l’Expo Porno.

Anne-Sophie Crosetti est aspirante FNRS à l’Université libre de Bruxelles. Elle est diplômée en sciences sociales de l’École Normale Supérieure de Paris et en sciences politiques spécialité en études de genre de l’Université de Paris VIII. Elle a également étudié en tant que research graduate student à l’Université de Cambridge. Elle réalise une thèse en sociologie à l’ULB sur la prise en charge de la planification familiale par les catholiques en Belgique. Elle travaille dans le cadre de la recherche collective et interdisciplinaire « Sex&Pil ». Ses intérêts de recherche portent sur la sociologie et l’histoire du genre, des sexualités et de la famille, la sociologie politique et la sociologie de la religion.

19 Novembre

Scènes de justice et égalitarisation des normes familiales : perspectives ethnographiques sur la justice familiale en Belgique

Barbara Truffin, ULB

A partir d’observations d’audiences familiales en Belgique francophone, la présentation interroge les modifications législatives qui ont remodelé le droit familial belge ces dernières décennies, avec l'objectif affirmé d’établir un modèle plus égalitaire entre parents et conjoints, à l’aune du caractère routinier et pratique de l’organisation quotidienne de la justice. La présentation cherche ainsi à mettre en lumière l’impact des règles légales en matière d’hébergement et d’autorité parentale «égalitaires » dans le travail quotidien des magistrats chargés de ce contentieux tant à un niveau pratique qu’au regard du travail émotionnel engagé (ou non) par ces derniers.

Barbara Truffin est chargée de cours à la Faculté de droit et de criminologie de l’Université libre de Bruxelles. Sa double formation de juriste et d’anthropologue l’a menée à développer ses recherches au sein du Centre d’histoire du droit et d’anthropologie juridique (ULB) sur deux terrains contrastés du pluralisme normatif ; dans un premier temps, elle a travaillé sur les droits des peuples autochtones (en Amazonie équatorienne) pour s'intéresser ensuite à la manière dont se construit la "différence culturelle" dans le traitement judiciaire de conflits familiaux impliquant des justiciables aux origines ethno-nationales diverses. Ces terrains et les enjeux juridiques qui les sous-tendent sont riches de représentations et d'effets de genre dont l'analyse est pleinement intégrée dans une anthropologie du droit en contexte et en action.

10 Décembre

Mobilities and Life Trajectories of Gay Chinese-Belgian Couples: Sexuality, Ethno-Nationalism, and Class

Aaron Raphael Ponce, ULB

Current ethnographies on gay Asian migrants in Anglo-European countries focus heavily on their sexual roles, desires and identities as being defined by a colonial conception of masculinity, performed by the socio-politically subaltern, and motivated by the desire for upward economic mobility. Through an ethnographic study of gay Chinese-Belgian couples, this research departs from this existing analytical framework through several avenues: first, by exploring the dynamics of gay Chinese migrants and their partners; second, by contextualizing their life trajectories as both individuals and individuals-within-a-couple; and finally, re-examining imaginaries of class, masculinity, and desire in the shadow of China as a global superpower. It also examines both individual and couple mobility under conflicting socio-national regimes (exacerbated by the current international situation). By doing so, it aims to demonstrate the complexity of gay migration in the context of couplehood not only as an individual choice, but as a confluence of different relationship, community, and transnational dynamics.

Aaron Raphael Ponce is currently in the third year of his doctoral studies, working in the Laboratoire d’Anthropologie des mondes contemporains (LAMC), where he is currently an academic assistant, and the East Asian Research Center (EAST) of the ULB. He was granted the MSH Seed Grant in 2018 and previously worked under Prof. Asuncion Fresnoza-Flot’s FNRS-PDR project, Situated Mixedness in a Superdiverse Context: A Case Study of Belgian-Asian Couples. He holds a Master’s degree in social sciences (Intercultural Mediation: identities, mobilities and conflicts) from KU Leuven and Université Lille-III. He was also awarded a Chinese Language training certificate in 2010 from Tunghai University, Taiwan, under a grant from the Taipei Economic and Cultural Office. His research focuses on the gendered aspects of both Chinese and Filipino diasporas, as well as diasporic involvement in Chinese soft power and diplomacy.

11 Février

Chemsex : de l’impératif de l’excès à une sexualité performative

Sandrine Detandt, ULB

Mon projet actuel investigue l’usage de drogues et les (homo)sexualités, dénommé le « chemsex ». L’association entre drogues et sexualité est ancienne dans le milieu homosexuel, suscitant régulièrement des préoccupations de santé publique , souvent liées à l’émergence d’un nouveau produit ou d’une nouvelle pratique (comme le slam, par exemple). Par l’intermédiaire d’une étude qualitative longitudinale auprès de 45 hommes (tous statuts sérologiques confondus), l’objectif est non seulement de mieux cerner les particularités du phénomène en tant que tel mais encore à interroger de quelle façon il vient résonner avec les contextes sociaux dans lesquels l'usage de drogues se produit, comment les nouveaux modes de consommation se propagent à travers les communautés homosexuelles et les normes qui régissent leur utilisation. En outre, les trajectoires de vie et facteurs ayant motivé ou facilité l’engagement (et le maintien) dans ces pratiques sont eux aussi explorés à la lumière du rapport au risque des sujets. Enfin, l’investigation du passé communautaire traumatique commun, à savoir l’hécatombe liée au virus du SIDA est par ailleurs investiguée afin de nous enseigner sur ce que le chemsex nous dit des complexités des rapports homosexuels à la suite de l'épidémie et de ses réminiscences traumatiques.

Sandrine Detandt est psychologue clinicienne de formation et docteure en psychologie de l’ULB, elle a fait sa thèse dans le champ des addictions avec une approche neuropsychanalytique. Professeure de psychologie clinique et de sexualités en faculté de psychologie à l’ULB, elle poursuit par ailleurs ses activités de recherches tant à l’ULB qu’à l’Observatoire du Sida & des Sexualités de l’Université St-Louis de Bruxelles. Ses recherches portent sur les biomédicalisations des corps en général et plus spécifiquement chez les personnes LGBTQI+ et elle mène actuellement une recherche sur les pratiques de chemsex dans les milieux gays. Enfin, elle a une pratique clinique privée adressée aussi bien à des enfants qu'aux adultes.

4 Mars

La place Fontainas comme espace frontière : la production de la ville au regard de la sexualité, du genre, de l'ethnicité et de la classe sociale

Alexandre Donnen, ULB

Située entre le quartier « gay » et le quartier Anneessens, la place Fontainas est souvent catégorisée, notamment médiatiquement, comme un espace dangereux, particulièrement pour les populations homosexuelles. Validées par certains discours politiques, ces catégorisations tendent à dépeindre une image monolithique des groupes et des espaces et à solidifier certaines oppositions supposées – notamment celles entre le « monde arabe » et les personnes et droits LGBTI –, occultant une imbrication plus complexe des axes de domination et d’oppression intervenant dans les rapports aux espaces. Afin de nuancer ces catégorisations, cette communication approchera la place Fontainas à partir de la notion de frontière – de sexualité, de genre, de classe et d’ethnicité – et tentera de mettre en relief les façons dont les espaces s’articulent à des logiques concomitantes d’inclusion et d’exclusion.

Alexandre Donnen est doctorant en sociologie (FNRS) au sein de l’Atelier Genre(s) et Sexualité(S) (Université libre de Bruxelles). Après avoir réalisé un mémoire portant sur les enjeux interactionnels d’une zone « frontière » située à la lisière du quartier « gay » et du quartier « populaire » Anneessens, il est engagé par l’Institut de recherche santé et société (UCLouvain) comme chercheur principal d’une étude portant sur les pratiques d’accès et de recours aux soins de première ligne par la population bruxelloise. En octobre 2020, sous la direction de David Paternotte, il commence un doctorat visant à examiner les liens d’articulation entre les processus de gentrification et de visibilisation des homosexualités à Bruxelles.

29 Avril

Réprimer les infractions "mineures" : les femmes délinquantes devant le tribunal de police de Léopoldville (Congo Belge, 1945-1960)

Aurélie Bauvart, ULB

La communication questionnera les illégalismes féminins au Congo belge en s’intéressant aux infractions « mineures » à charge des femmes congolaises. Associées à des formes de criminalité urbaine « ordinaire », les infractions les plus couramment et sévèrement condamnées concernent la circulation nocturne, la fabrication d’alcool de fermentation, l’usage de faux et les coups et blessures. Les jugements des tribunaux de police « européens », compétents exclusivement pour connaître les infractions des populations « indigènes », livrent des indices précieux sur les conditions socio-économiques des prévenues. À ce titre, les dossiers judiciaires de femmes congolaises, condamnées entre 1945 et 1960 par le tribunal de police de Léopoldville (Kinshasa), serviront d’observatoire pour envisager le développement d’activités et de stratégies de subsistance empruntées par les femmes colonisées.

Aurélie Bouvart est doctorante en histoire et titulaire d’un Master en histoire de l’art et d’un Master de spécialisation en langues et civilisations africaines. Ses premières recherches l’ont menée à développer une analyse historique de la condition des femmes colonisées, actives dans les mouvements spirituels et confrontées aux normes répressives du pouvoir colonial belge entre 1915 et 1940. S’appuyant sur un corpus d’archives policières et judiciaires, sa thèse entamée en octobre 2018, interroge le traitement de la justice pénale coloniale réservé aux femmes criminelles (congolaises et européennes) dans les anciennes colonies belges du Congo, Rwanda et Burundi.
5 Mai

Lumières sur un impensé littéraire : la figure du prostitué, du roman du libertinage à Sodome et Gomorrhe (1783-1922)

Nicolas Duriau, ULB

« Le plus vieux métier du monde » : ainsi désigne-t-on communément, voire erronément, la « prostitution », quels que soient les habits qu’elle revêt. Depuis celle qui racole en rue jusqu’à la femme entretenue, les « prostituées » fascinent autant qu’elles font peur. Obsédant les sociologues et les historien·nes, elles deviennent très tôt des personnages littéraires ambivalents. Mais tarifer son corps est-il une pratique uniquement féminine ? Du tournant des Lumières à l'après-guerre ou du roman du libertinage à Sodome et Gomorrhe de Proust, de nombreux romans d'expression française invitent à penser le contraire.

Chargé d'un mandat d'aspirant du F.R.S.-FNRS depuis le mois d'octobre 2019, Nicolas Duriau est actuellement doctorant en langues, lettres et traductologie à l'Université libre de Bruxelles. Titulaire d'un master en Langues et lettres françaises et romanes (à double finalité troisième langue romane et didactique du français langue maternelle), il s'intéresse aux littératures francophones des XVIIIe et XIXe siècles, étudiées au prisme de l'histoire des prostitutions et des homosexualités masculines. Après la défense d'un mémoire de maîtrise intitulé Aux dépens(es) d'Aphrodite : écrire la prostitution au masculin dans le roman du libertinage au tournant des Lumières (1770-1800) et rédigé sous la direction de Valérie André (ULB, F.R.S-FNRS), il prépare désormais une thèse de doctorat qu'il consacre, de manière plus large, aux figurations romanesques des prostitutions masculines, hétéro- comme homosexuelles, depuis le tournant des Lumières jusqu'à l'après-guerre. Étudiant l'évolution d'une figure littéraire impensée, celle du prostitué, qu'il envisage comme l'expression d'un fait social historiographiquement négligé, il est l'auteur de plusieurs articles, en ligne, voire à paraître, en études des représentations abordant ces différentes questions de genre et des sexualités.

Date(s)
du 8 octobre 2020 au 5 mai 2021
Lieu(x)
Campus du Solbosch