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La fin du sida était possible. Racisme, peur et résistance dans la lutte contre le sida
Séance organisée dans le cadre du séminaire « Approches critiques de la race – ACR », organisé en collaboration par plusieurs centres de recherche de l’ULB et de la VUB.
Léo Manac’h
Résumé : Les activistes de la lutte contre le VIH/sida ont dès les débuts de l’épidémie politisé les hiérarchies des vies qu’elle révélait à partir des publics qu’elle ciblait : gays, usager·es de drogues, travailleuses du sexe, personnes immigrées vivant dans les pays des Nords – et celles qui vivent dans des pays à ressources limitées. Mais là où une « fin du sida » semblait se dessiner par la maîtrise de l’épidémie, la coupe des financements états-uniens et le désengagement plus feutré de nombreux autres États laisse présager un rebond épidémique dramatique : 3 à 6 millions de morts en plus d’ici 2030 dans les pays du Sud global. Si les politiques de prévention et d’accès aux traitements sont encore possibles dans les Nords, malgré la fragilisation des systèmes de santé publiques, ce coup d’arrêt brutal de nombres de programmes de lutte contre le sida dessine une internationale fascisante qui n’essaie même plus de faire semblant que toutes les vies, aux Nords et aux Suds, se valent. Comment les militant·es continuent à se mobiliser dans ce contexte particulièrement angoissant ? Comment politisent-iels un retour des mort·es du sida depuis le Sud global ? Et comment combattent-iels le racisme, à l’extérieur mais aussi en interne des espaces de mobilisation ? Pour déplier ces interrogations, cette intervention s’appuiera sur trois enquêtes ethnographiques portant sur les émotions dans la lutte contre le VIH/sida, à partir du cas français : une thèse sur le découragement militant dans la lutte pour la défense des droits des étranger·es malades, une enquête sur la sociohistoire des résistances aux extrêmes droites depuis la lutte contre le sida et une recherche sur les vies hantées du sida et les politiques du deuil.
Bio : Léo Manac’h est anthropologue, chercheur postdoctorant au Sesstim, Université d’Aix-Marseille. Financée par Sidaction, sa recherche actuelle dresse une sociohistoire des résistances aux extrêmes droites dans la lutte contre le sida depuis les années 1980 en France. Il s’intéresse plus largement à la place des émotions dites « négatives » (épuisement, angoisse, chagrin) dans les mobilisations et poursuit ainsi ses travaux de thèse consacrés aux politiques du découragement. Parmi ses dernières publications : (avec le collectif EthnoAides), Aides, 1984 – 2024. Les transformations d’une association de lutte contre le sida aux Presses Universitaires de Lyon en 2024; « Militer contre l’invisibilité, devenir inaudibles. Une ethnographie de la lutte pour le droit au séjour pour soins (1991-2020) » dans la revue Terrains / Théories en 2024.
Salle Rokkan